La confiance a-t-elle une loi ? Loi de la raison et raisons de la confiance .

La confiance a des raisons que la raison connaît.

Présenté par le garde des sceaux François Bayrou lors de sa conférence de presse le jeudi 1er juin 2017, le projet de « loi de moralisation de la vie publique » a changé de libellé officiel pour devenir le projet de « loi pour la confiance dans la vie démocratique ». La « loi de moralisation » a cédé la place à la « loi pour la confiance ».  Les manières dont les hommes parlent de ce qu’ils font sont fort intéressantes, particulièrement dans les matières morales. Et comme il s’agit de confiance, voici l’occasion d’un éclairage dans la veine  de l’approche exclusive de Confidentia Management.

Des institutions justes, des hommes de bonne foi : les raisons de la confiance

Le terme de moralisation est abandonné car, nous dit le garde des sceaux, « la morale est une question personnelle, et même une question de conscience personnelle », avant d’ajouter  : « les institutions ne sont pas faites pour rendre les hommes vertueux ». Et en effet, ce sont les moeurs, et non les institutions, qui rendent les hommes plus vertueux – les moeurs, ce milieu dans lequel les hommes évoluent, et qui imprègne leur caractère (éthos) et façonne leurs habitudes (ethos).

Si les institutions ne sont pas faites pour rendre les hommes vertueux, a contrario, les hommes, eux, peuvent rendre les institutions plus vertueuses. Or, « la justice est la première vertu des institutions« , pour le dire avec les mots du philosophe John Rawls. Il s’agit donc de restaurer la confiance dans des institutions plus justes. Voici une première raison de la confiance : la justice, qui nous porte au niveau institutionnel (voire sociétal).

En même temps, l’enjeu de la confiance se situe au niveau concret des hommes, celui de la parole et de l’action : restaurer la confiance en l’homme politique en joignant les actes à la parole, c’est-à-dire, ici, en tenant enfin la promesse d’une réforme, promesse déjà faite par les prédécesseurs mais jamais tenue.  L’homme de parole est digne de confiance. Et la vertu de l’homme de parole c’est la bonne foi. Les termes foi et confiance partagent d’ailleurs une racine étymologique latine : la fides. Ainsi, lorsque je fais confiance à autrui, je me fie à lui, je lui confie quelque chose de moi, je lui donne une certain pouvoir sur moi. Je me rends vulnérable, il est rendu responsable. L’homme de bonne foi sera bienveillant, il veillera à la préservation de ce quelque chose de moi (mes intérêts) dont il est responsable. Si je le pense de bonne foi, j’ai une raison de lui faire confiance.

Protection : l’exigence de la confiance

Des institutions justes, des hommes de bonne foi : ce sont les conditions du sentiment de protection de celui qui fait confiance, qui confie à autrui quelque chose de lui. S’il est une loi fondamentale de la confiance, c’est une loi de la raison, une règle universelle constituant un critère facile à appliquer par tous. Cette règle, Thomas Hobbes la formule dans son analyse sur les fondements anthropologiques du politique : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît à toi-même« . Cette loi morale de la raison est intelligible par tous et peut être considérée par tous comme juste pour chacun.

Loi (de la raison) morale de la confiance, loi civile pour la confiance

On comprend ainsi que la loi de la raison (morale) est une loi de la confiance, et que le projet législatif est une loi (civile) pour la confiance. Autrement dit : cette loi civile vise la confiance en cherchant à répondre aux exigences de la raison des Français auxquels les politiques demandent la confiance qu’il leur faut pour agir.

 

Valérie Louveau pour Confidentia Management, Architecte de la Confiance

Droits réservés 2017 V. Louveau

Like it Share it